Extrait de:
http://topoi.net-PLACE
(Psychanalysis Los Angeles
California Extension)
Traduction
française : Charley Supper
La
Topologie Perdue de la Psychanalyse
Indépendamment des références à la
culture ou à la nature qui parsèment
le champ de la psychanalyse, Lacan a
édifié cette discipline dans le
cadre d’une topologie (en
grecque : topos : lieu,
place, endroit + logos :
discours, raison, logique),
laquelle est devenue la base grâce à
laquelle il parachève la
psychanalyse freudienne comme
théorie autant que comme pratique.
Ce que l’on appelle le « structuralisme »
de Lacan est inséparable de l’idée
d’une psychanalyse où le lieu (le
topos) est plus important que ce
qu’il contient.
Le problème crucial de la
psychanalyse aujourd’hui ne serait
alors pas la multiplication de son
contenu en direction d’applications
aux champs culturel, social ou
clinique, ni le désir d’amener des
idées neuves issues de la science ou
de la philosophie pour rénover sa
théorie, mais ce serait bien plutôt
d’établir un défrichage de la
structure que Freud nous a légué
sous forme d’une mythologie des
pulsions et du complexe d’Œdipe.
Ceci est propice à mettre en place
la proposition suivante, à savoir
que, depuis Lacan, la psychanalyse a
opéré une involution dans sa théorie
autant que dans sa pratique. Nous
sommes passés de la
psychanalyse en intension à
la psychanalyse en extension
ou, dit autrement, nous sommes
passés de la place de la
pratique psychanalytique à
la pratique d’un lieu
psychanalytique.
Cependant, le marketing organisé
autour des livres de Lacan et la
paraphrase de ce qu’il dit sur la
topologie, sont si présents que
personne ne peut plus feindre de les
ignorer. Cela nous amène à la
question inévitable de savoir si, au
delà d'un usage de pure
illustration, tout ce commerce est
compatible avec la construction d'un
lieu de la psychanalytique - ou de
la clinique.
Sans vouloir interdire à qui que ce
soit l’usage de l’imaginaire, nous
devons nous demander si la simple
production d'un travail topologique
et psychanalytique effectif ne
résulte pas justement d’un non
usage, d’une non lecture, ou d’un
renoncement à ce recours à
l’imaginaire.
Dans ce court essai sur le web, nous
tenterons seulement de commencer à
répondre à une telle question en
nous basant sur une généalogie de la
structure topologique dans la
tradition de Freud et de Lacan
Nous commencerons, donc, par une
brève introduction historique du
problème qui se prolongera seulement
après, dans les chapitres suivants
par nos illustrations de la
structure.
Aucun doute, selon l'opinion
courante sur la topologie lacanienne
(en accord avec beaucoup de
psychanalystes et de topologistes)
qu'une telle topologie ne serait, au
mieux, qu’une métaphore
d'illustration, ou au pire, une
imposture.
Le nom qui conviendrait ici le mieux
pour notre projet serait alors: « La
Topologie Perdue de la Psychanalyse
– The lost Topology of
Psycho-analysis »; un titre qui se
voulant le plus simple et le plus
fidèle, rendrait compte du vertige
du sage autant que de celui de
l’ignorant.
Topologie psychanalytique: Métaphore,
Analogie, ou simplement la Structure
?
Si comme Jacques Derrida nous
l’aurait fait croire, la notion «stricto
sensu de la structure se rapporte
seulement à l'espace, l'espace
morphologique ou géométrique [... ]"
et "que c'est seulement par la
métaphore que cette littéralité
topographique peut être déplacé vers
son sens aristotélicien (Théorie des
places dans le langage et maniement
des motifs ou des arguments)",
alors la conception de la structure
de Derrida (et par là aussi la
psychanalyse) est sans aucun doute,
décidément différente de celle de
Lacan qui a déclaré que sa topologie
était "non métaphorique" en
tant que son but était "d’articuler
l'espace de l’être parlant".
Si la critique de Lacan par Sockal
et Bricmont : "tout est basé – au
mieux - sur des analogies entre la
topologie et la psychanalyse qui
sont non soutenues par un quelconque
argument" est fondée, alors il
devient difficile d'expliquer la
réponse de Lacan à une question qui
lui est posée par Harry Woolf dans
une conférence américaine :
Woolf :
Est-ce que je peux demander si cette
arithmétique et cette topologie
fondamentales ne sont pas en
elles-mêmes un mythe ou simplement
au mieux une analogie pour expliquer
la vie de l'esprit ?
Lacan :
Analogie à quoi ? [... ] Ce n'est
pas une analogie. C’est vraiment
quelque part dans la réalité, cette
sorte de tore. Ce tore existe
réellement et c'est exactement la
structure du névrosé.
Essayer de justifier une telle
réponse ou de la contredire sans
marquer la difficulté de situer le
concept de la structure dans une
théorie elle-même, est prendre pour
acquis ce qui exige d’être expliqué
en premier lieu : la relation de la
structure à la topologie.
Si la structure est présupposée être
donnée comme un concept et est
définie dans une théorie
mathématique, alors la topologie est
une structure parmi d'autres :
structures de groupe, structure
d’espaces vectorisés, structure
diverse, etc... - et la conjonction
de la topologie et de la
psychanalyse est une métaphore.
Mais si la définition du concept de
structure ne peut pas être
considérée comme acquise dans un
texte mathématique – mais est
toujours plus ou moins assimilée ou
trivialisée par la théorie
particulière du mathematicien -
alors le terme « topologie » peut
seulement être pris comme adjectif
dans la structure topologique de la
phrase. Il suffit que l’on considère
que la question de la structure a
été réglée auparavant.
En conséquence, la question de
savoir si la conjonction de la
topologie et de la psychanalyse est
une métaphore ou pas, est secondaire
par rapport à la question qui
consiste à savoir comment situer
avec précision la relation entre la
topologie, la structure, et la
théorie.
En effet, après le grands pas qui a
été réalisé par les logiciens et les
mathématiciens qui ont déterminé le
concept de structure, rien
n'interdit au psychanalyste de
procéder pour se donner à lui-même (ou
à elle-même), les mêmes méthodes
littérales de transcription entre
les théories. Car, en fait, cette
méthode de translitération est
comparable aux deux méthodes, celle
de Champollion qui œuvre entre deux
langues dans le déchiffrement de la
pierre de rosette et celle de Freud
qui œuvre entre deux langues pour
l'interprétation d'un rêve.
Par exemple, de la même manière
qu’il est possible en musique, de
présenter une interprétation
structurale d'un emplacement en
posant un Foncteur F de la catégorie
(ou théorie) des mathématiques :
Catégorie:
Mathématiques
-----------> Musique
12 (relations/éléments)
12 Tons
Cyclique
Bien-tempéré
Groupe
Echelle
il est possible de présenter une
interprétation structurale en
psychanalyse, en posant un Foncteur
(ou Signifiant) à partir de la
théorie de mathématiques:
Catégorie:
Mathématiques
--------------> Psychanalyse
Tores
Se Faire du Tore
Fondamental
Névrose
Groupe
(théorie des pulsions)
Aucun doute que la flèche entre les
deux théories n'exige un concept de
la structure qui ne soit pas un
isomorphisme simple, mais une
conception plus moderne d’un
Fonctoriel correspondant à ce qui
dans l'analyse s'appelle un
Signifiant.
Il reste à montrer dans quelle
manière une doctrine fonctorielle de
structure suffirait pour englober un
acte psychanalytique dans un travail
avec des tores ; ou mieux encore, si
la flèche porte en elle-même la
sémantique d'une topologie (comme
preuve initiale on pourrait
présenter cette double catégorie
comme une homologie - ou collé
ensemble - de deux triangles- (voir
la note 1 en bas de page)
En fin de compte, il n'est pas
question de savoir s’il faut
appliquer les mathématiques à la
psychanalyse, ou de faire une
psychanalyse des mathématiques. Tout
comme il n’est pas question de
savoir si quelqu’un doit devenir
mathématicien afin de faire une
psychanalyse, mais plutôt de se
demander à quel type d'ignorance un
psychanalyste participe-t-il en
évitant d’utiliser une écriture si
rigoureuse ? Ou inversement, il
n'est pas question de demander à
quelqu'un de devenir psychanalyste
afin de faire des mathématiques,
mais plutôt de se demander à quel
type d'ignorance un topologue
participe-t-il en évitant une
analyse de l’espace du rêve, de
l’illusion, ou de l’hallucination ?