Groupe psychanalytique européen de recherche et de formation sur  :  les causes de l'illettrisme

 

Illettrisme, psychanalyse et topologie :

Clinique de l'illettrisme

La double négation (ou Le Mot d’ Amour)        par Charley Supper

(Extrait du livre : "Illettrisme et Sexuation")






 

Il y a une différence fondamentale dans le domaine de la parole, entre "ne pas  parler" et dire “je ne parlerais pas”.

“Parler ou  ne pas parler”, c’est "binaire".

Ce n’est pas pour rien que tous les fascismes ont pour tâche principale d’obtenir l’aveu par la torture.

Je rappelle au passage que relativement à la parole, la seule liberté qui se puisse concevoir selon nous, c’est celle de se taire. (Je n’y peux rien, je ne suis pas thérapeute !)

Dire “je ne parlerais pas”, c’est "trinaire"  avec les trois termes :
                        - parler
                        - pas parler
                        - parler pour dire “je ne parlerais pas”

Il en va de même avec l’écriture et la lecture.
On peut constater différents strates dans l’acte d’être confronté à la lecture.


D’abord celui qui ne lit pas !
Avec lui on est tranquille.
Ainsi, bien que cela puisse sembler à certains incompréhensible, il existe des gens qui ne lisent pas.
Ils vous le disent toujours avec un air d’arrogance et d’obscénité: “moi je ne lis jamais”.
Quand je dis qu’avec eux on est tranquille, c’est une erreur car mon expérience rajoute que toujours, leur vie est problématique.

Je n’aime pas lire” est un étage au dessus.
Cela ne veut pas dire je ne lis jamais.

Vous avez enfin ceux qui vous disent :
- "Lire, "je ne dis pas non", mais lire quoi ?”.

 


J’ai le souvenir dans un "IMP " d’une adolescente qui, tout le jour quel que soit le temps, déambulait dans le parc en suivant visiblement dans son errance un même parcours compliqué où il lui arrivait de croiser des gens du “personnel soignant” qui tous lui lançaient un “ça vaaaaa ?”,  effrayés sans doute par son air de souffrance conjoint au fait qu’elle était jolie.

Ce “çaaa vaaaa ?” perpétuel que je constatait me mettait hors de moi et je pris bien garde lorsque je la croisait de ne jamais le prononcer même par mégarde.
Je lui disais bonjour quand je croisais sa route, jusqu’au jour où m’arrêtant un peu, je lui lançais un “comment va votre vie ?”.

Elle parut stupéfaite et me dit : “je ne sais paaas quoi faiiiiiire, je m’ennuiiiie !”.
Pris de court car elle ne parlait pas habituellement, je lui demandais si elle savait lire à quoi elle me répondit :
bien suuur, mais quoi liiiiire ?

Je répondit sans réfléchir : ”je ne sais pas moi, des romans d’amour !

Je regrettais de suite de m’être laissé aller à une certaine facilité d’agacement et de provocation.

Quelques temps après, je la croisais à nouveau, mais sur un chemin normal qui menait de l’entrée de l’IMP à son pavillon, avec un air pressé et sous le bras une pile de livres. Elle n’avait pas son air de souffrance habituel.
Elle me dit d’une façon très adulte
(1) que ce que je lui avait dit avait changé sa vie et qu’à force d’insistance auprès des éducateurs qui la croyaient débile, elle avait réussit à se faire inscrire à la bibliothèque municipale où elle dévorait des livres “qui n’avaient rien à voir avec ceux dont je lui avais parlé” et qui à ma grande surprise étaient tous des livres très sérieux.
J’ignore encore aujourd’hui ce qui a pu, dans ce que j’ai prononcé, déclencher chez elle quelque chose d’essentiel à sa vie.

Peut être le mot d’ “amour”, allez savoir !

Après bien des années je me suis fait la réflexion que, en ce qui concernait le fait de vivre ou de lire, en attendant de pouvoir y accéder, elle ne disait pas non.

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Il lui manquait d’avoir rencontré quelque chose ou quelqu’un qui lui permette d’aborder l’Autre comme cet endroit où inscrire ce : “Vivre, je ne dis pas non”.

C’est ce “je n’ dis pas non” que je considère comme le pas décisif où l’on peut intervenir dans l’illettrisme, car l’illettré, malgré les apparences qu’il donne de vouloir bien faire des efforts,
il dit non !
Non à la féminité, non à la non-représentation de ce qui la caractérise et il vit toute tentative d’essayer d’y remédier comme un danger mettant son existence même en péril.
Il dit non et non !

Ce à quoi il n’a pas accès, c’est “pas non”.

Vous voyez qu’on ne peut pas sans conséquences mélanger n’importe quelles négations!
Non non” et “pas non” sont des doubles négations fondamentalement différentes quand à leur résultat.

C’est ce pas non, équivalent mathématiquement de, non à “pas la féminité” qui lui permettra de s’inscrire comme humain sexué et d’être du côté du “pas tout” du savoir, à l’image de sa lecture où jamais n’apparaît la Lettre du sens, celle qui permet de lier entre elles les petites lettres de l’histoire qu’il parcoure.

Ainsi en mathématique, si moins multiplié par moins donne plus, il y a en théorie des ensembles, nécessité d’utiliser d’ autres négations équivalentes à “non” ou “il n’y a pas” :

  • tout point n’appartenant pas à l’ensemble A sera répertorié “non-A”.

  • Il y a également dans les fonctions une négation qui se traduit par : “il existe “x”, tel que non f de x.

( )

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“La seule connaissance spéculative légitime ne peut être qu’une connaissance "analogique"  (ithbât) corrigée par la voie négative (nafy)”:

Abû Hamid Muhammad "al-Ghazâli" - (1058-1111)."Le Tabernacle des Lumières". Ed. (Seuil).

 

 

Il en va de même dans l’écriture et dans la lecture, toutes les négations ne sont pas les mêmes.


Certaines ne sont pas sans avoir un rapport à la coupure signifiante
.


[1] Je n’ai rien trouvé d’autre, bien que je ne sache pas exactement le sens de  ce mot.
 

   

 

Autres pages sur la clinique de l'illettrisme :

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  • On ignore toujours ce que l'on veut savoir… La langue, la lalangue comme l'appelle Lacan, signifie ce qui traverse un sujet et le constitue comme humain.

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    3. Le pervers et le : « Oui à condition que non »

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